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Le premier cercle : la baraque d'internés

Les 382 baraques d'internés sont toutes construites sur le même modèle : longues de 24 mètres, larges de six mètres dans leur partie inférieure, hautes de 2,50 mètres du plancher à l'entrait. De l'extérieur, elles sont dites "obliques", par opposition aux baraques "droites" réservées au personnel administratif, aux services de garde et aux infirmeries. Les murs latéraux, verticaux seulement dans leur partie supérieure, sont obliques au niveau des "bas-flancs". Les services des Ponts et chaussées de Gurs les nomment en 1939 "baraques de miliciens" [espagnols]. 

Camp de Gurs | Baraque d'internement | Gurs (64)
Baraque d'internement : coupe d'une ferme

Il s'agit de baraques de "type Adrian". Ce modèle, déjà utilisé pendant la Pre­mière Guerre mondiale pour le cantonnement des troupes françaises, avait été repris lors de la construction du camp du Barcarès en rai­son de sa bonne résistance qu'il offrait au vent. On le retrouvera à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et, plus tard, à Nexon (Haute-Vienne). Mais il serait inexact de penser que le plan de ces charpentes confère aux "baraques de miliciens" une meil­leure solidité qu'à celles des services d'encadrement. Ces dernières sont mieux construites, plus stables, plus confortables et d'ailleurs plus coûteuses. Le seul avantage des baraques "obliques" est qu'elles permettent d'allier le souci d'économie des constructeurs au choix d'un plan assurant un minimum de résistance aux intempéries.

Vues de l'intérieur, les dimensions semblent plus réduites qu'elles ne le sont réellement, car l'ossature interne, rythmée par chevrons, moises et entraits, limite la perspective. Les fermes sont distantes de 70 centimètres les unes des autres, et cet écartement délimite la largeur de l'espace dévolu à chaque interné. Les baraques comportant portant 31 fermes, soixante personnes peuvent être hébergées dans les chambrées. Chaque réfugié dispose alors, en moyenne, de 2,4 m².

Les murs et le toit sont construits en cloisons de simples voliges (15 mm d'épaisseur), clouées directement sur la charpente. Les panneaux, juxtaposés les uns à côté des autres, ne sont pas jointifs : ils ne présentent donc aucune garantie d'étanchéité ou d'herméti­cité. Le vent et le froid se glissent facilement dans les interstices, ce qui peut constituer un avantage à la saison chaude, mais un mal irrémédiable dès que la température fraîchit. Pour résister à la pluie, les toitures et les "bas-flancs" sont entiè­rement couverts de carton bitumé, assez efficace tant qu'il n'est pas déchiré par le vent.

L'éclairage pose des problèmes à peu près insolubles. Lors de la construction du camp, il n'avait pas été prévu de doter les baraques d'une installation électrique. Pour avoir un peu de lumière, il faut donc ouvrir les six fenêtres, ou plutôt les six lucarnes de bois amovibles, aménagées dans les cloisons latérales ; mais alors, le froid envahit la baraque. Il existe donc une antinomie totale entre les partisans de la lumière et les partisans de la chaleur. Si on veut un peu de clarté, le froid entre par les lucarnes. Si on veut conserver un peu de chaleur, il faut accepter l'obscurité.

A l'intérieur de la baraque, ni châlit, ni table, ni banc.

Le chauffage est assuré pendant l'hiver 1939, puis à partir du mois de novembre 1940, par un poêle à bois et à charbon dont l'efficacité est pratiquement nulle en tous cas lorsqu'on se trouve éloigné de plus de deux à trois mètres.

Chacun, dans la baraque, tente d'aménager son coin du mieux qu'il le peut. Au début, pendant le printemps et l'été 1939, puis pendant l'hiver 1940, c'est presque impossible : les pièces sont bondées et la place de chacun est réduite au minimum, c'est-à-dire à l'espace compris entre deux chevrons. Les vêtements doivent rester dans les valises ou dans les paquets, lorsqu'on ne les suspend pas aux poutres pour les faire sécher. La paille est constamment sale et souvent humide. Dès que les effectifs internés diminuent et que l'espace vital de chacun s'en trouve élargi, ou bien lorsque l'administration procède à des distributions de paillasses (en mai 1939 et décembre 1940), la situation s'améliore.

Le reste du temps, les internés imaginent mille inven­tions pour tenter d'apporter un peu de confort à leurs conditions de vie. Des étagères, des petits garde-manger, des penderies, des grabats sont confectionnés avec toutes sortes de matériaux de for­tune : avec des planchettes tirées de diverses caisses, avec des bouts de fil de fer dérobés sur les barbelés, avec des morceaux de corde ou même des piquets arrachés à la clôture, etc.

Mais ces efforts sont dérisoires et, bon gré mal gré, les Gursiens ont toujours dû s'accommoder, pendant leur internement, du froid, de l'humidité, de l'obscurité et de l'extrême exiguïté des chambrées.

 

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