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Un groupe exceptionnel

Les Brigades internationales avaient été créées le 22 octobre 1936, pour venir en aide aux combattants républicains espagnols, isolés par la politique de non-intervention des grandes démocraties européennes. Elles avaient rassemblé jusqu’à 35 000 hommes, regroupés en six brigades.

Elles sont officiellement dissoutes deux années après, le 23 septembre 1938. Les volontaires ressortissants des pays démocratiques, comme les Français ou les Britanniques, peuvent retourner chez eux, ce que font la plupart d’entre eux.

Ce n’est pas le cas de tous les autres, par exemple ceux qui provenaient des pays de l’Axe, comme les Allemands ou les Italiens, par exemple les Autrichiens et les Tchèques, intégrés au Reich, par exemple les "apatrides", c’est-à-dire les juifs originaires d’Europe centrale, etc... Pour eux, le retour au pays signifierait la clandestinité, une probable arrestation, l’emprisonnement et la déportation en camp de concentration. Dans un premier temps, ils restent donc en Espagne et continuent leur combat au sein des formations militaires républicaines. Mais après la chute de Barcelone, le 26 janvier 1939, ils n’ont plus d’autre choix que de quitter l’Espagne, venir se réfugier en France et tenter de rejoindre un pays démocratique susceptible de les accueillir. Mais lequel ?

Camp de Gurs | Un groupe exceptionnel | Gurs (64)

Le transfert des volontaires internationaux à Gurs (avril 1939)

Comme les autres réfugiés républicains, les volontaires des brigades internationales franchissent la frontière française début février et sont conduits dans les camps de fortune créés en toute hâte alors, sur les plages du Roussillon. Vers le milieu du mois, ils sont regroupés dans les camps d’Argelès et de Saint-Cyprien, où ils demeurent plusieurs semaines. En mars, Argelès devient le camp où sont systématiquement rassemblés, parmi les dizaines de milliers de réfugiés républicains, les Basques et les internationaux.

Début avril, lorsque les installations de Gurs sont opérationnelles, l’autorité militaire décide de les transférer dans le camp béarnais. Ils y sont conduits en quatre convois successifs, du 20 au 22 avril, et enfermés dans les îlots E, G, H et J.

Le 22 avril au soir, on en compte 5 558. D’autres arriveront encore pendant les semaines suivantes, portant l’effectif total du groupe à 6 808, à la fin du mois de mai. A ce moment, le groupe international constitue le plus important des quatre "sous-camps" de Gurs, celui des basques rassemblant 6 555 hommes et celui des "aviateurs" 5 397.

Le principe de leur regroupement dans un camp unique, celui de Gurs, décision prise par l’administration militaire, rejoint la volonté des intéressés eux-mêmes de rester unis et solidaires dans l’internement comme ils l’avaient été dans les combats.

Camp de Gurs | Un groupe exceptionnel | Gurs (64)Un groupe d’hommes disciplinés et aguerris

Les internationaux de Gurs ne sont pas les premiers venus. Ils sont à la fois des militants et des combattants.

Militants, ils appartenaient presque tous, avant leur départ en Espagne, à des partis ou groupements politiques. Dans la majorité des cas, ils étaient membres du parti communiste de leur pays d’origine, mais aussi des partis anarchistes ou trotskistes. Leur engagement politique remonte souvent à de longues années et leur formation théorique est sans faille. Ils ont l’expérience des discussions didactiques, des pratiques politiques quotidiennes, de la vie en commun et de la façon de la structurer avec rigueur et minutie. Ils savent pourquoi ils se sont engagés aux côtés de la République espagnole, pourquoi ils sont internés dans les camps français et ne doutent pas de la justesse de leurs analyses politiques. Leurs convictions sont fermes et les autres considérations, affectives ou familiales, leurs sont secondes.

Combattants, ils se sont formés directement sur les champs de bataille espagnols. Ils ont l’expérience du feu et des armes, ont le sens de l’obéissance et connaissent les vertus de la discipline. Ils ont tous souffert directement ou indirectement de la guerre et nombre d’entre eux montrent fièrement les blessures reçues au combat. L’administration française les considère, à juste titre, comme des durs dont il faut se méfier et se protéger.

Ils sont aguerris dans tous les sens du mot : aux fatigues, aux luttes politiques, aux discussions théoriques, à la vie de groupe, aux dangers, à la guerre.

Camp de Gurs | Un groupe exceptionnel | Gurs (64)Leurs opinions politiques

Même si elles sont mieux connues que pour les autres catégories d’internés, plusieurs études ou publications de mémoires (dans lesquelles les intéressés mentionnent largement "l'étape gursienne") leur ayant été consacrées, elles sont difficiles à établir avec précision.

On peut néanmoins se référer aux archives du Komintern étudiées par Denis Peschanski. Celui-ci, s’appuyant sur un rapport rédigé au camp le 16 juin 1939 par un groupe d’internés communistes, montre que les 900 Italiens de Gurs se répartissent de la façon suivante : 400 communistes, 100 sympathisants, 200 anarchistes, 50 socialistes et 150 autres sans appartenance déclarée¹. Ces chiffres figurent parmi les rares renseignements statistiques qui soient parvenus jusqu’à nous. Peut-on les considérer comme représentatifs de l’ensemble des autres groupes ? Très vraisemblablement oui, même s’il est à près certain que la part des communistes est plus importante dans les groupes allemand, autrichien et tchèque.

En tous cas, il est acquis que la mouvance communiste est largement majoritaire au camp, parmi les internationaux. Ce fait est d’autant plus notable que rien ne permet de l’affirmer pour les autres groupes internés, les Basques, les"aviateurs" et les autres espagnols.

Camp de Gurs | Un groupe exceptionnel | Gurs (64)Un groupe prestigieux

On ne saurait passer sous silence le prestige des "internationaux" auprès des autres internés. Leur discipline, l'étonnante organisation qu'ils sont parvenus à mettre en place, où rien n'est laissé au hasard, ni le travail manuel, ni le sport, ni la musique, ni les activités intellectuelles, impressionnent fortement les Espagnols. Leur opinion est unanime : la population des îlots G, H, I et J rassemble les véritables animateurs du camp, ceux qui sont à l'origine de la plupart des activités originales, ceux qui ont le plus efficacement contribué au maintien d'un profond sentiment de solidarité entre tous les Gursiens.

Il est vrai que, pour les "Internationaux" de Gurs, ressortissants, à de rares exceptions près, de tous les états totalitaires d'Europe, leur passage au camp est vécu comme un moment déterminant de leur vie : la période de transition entre les luttes espagnoles et les combats de la Seconde Guerre. Pour eux, ces conflits sont exactement de même nature : l'ennemi reste le même, utilise les mêmes armes, au nom de la même idéologie. Pour eux, la guerre d'Espagne n'est pas la répétition générale précédant la Deuxième Guerre mondiale, c'est le début du conflit international lui-même. L'"école de Gurs", pour reprendre une formule souvent prononcée, constitue une étape importante dans la formation de ces hommes : elle leur a montré, non seulement, la force du groupe, dès lors que son organisation est rationnelle, mais aussi, ses limites, dans un monde clos et bien souvent hostile. 

Quant aux structures sociales, démographiques et professionnelles des groupes internationaux, elles demeurent encore obscures, faute d’informations. Une étude minutieuse, pays par pays, reste à faire sur le sujet.

 



¹ Denis Peschanski, La France des camps, Gallimard, 2002, page 59

 

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