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Les activités culturelles (été 1939)

Parallèlement aux activités artistiques et artisanales, les activités intellectuelles se multiplient. Il est souvent difficile de les dissocier des activités proprement politiques car elles sont prises en charge par les mêmes hommes, les res­ponsables de l'îlot, et sont fréquemment fondées sur l'étude de documents à caractère politiques tels que des livres, des brochures ou des tracts.

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Des activités très politisées

S'il est incontestable que le degré de politisation varie considérablement d'un îlot à l'autre et d'un "sous-camp" à l'autre, il n'en reste pas moins que l'ensemble des cours et des formations proposés est placé sous la haute main des militants communistes.

Le comité général du parti communiste du camp, dirigé par le Paraguayen Paàva, rassemble en effet les délégués élus de chacun des îlots. Il se réunit régulièrement, plusieurs fois par semaine, dans des conditions qui demeurent mal connues, et contrôle pratiquement toutes les activités des internés. Il suscite d'innombrables activités, coordonne les initiatiÂves, organise et structure les occupations et travaux de groupe. Toute idée, toute pratique développée avec succès dans un îlot est ainsi aussitôt identifiée et peut être immédiatement généralisée au camp tout entier.

Toutes les grandes décisions prises par les chefs d'îlot au nom des internés passent par lui : l'attitude à avoir devant les campagnes de rapatriement menées par l'administration française, le degré de coopération à manifester avec les services administratifs, la confection d'un journal du camp, l'instauration des baraques de la culture, la proposition de participer au 150ème anniversaire de la Révolution française, l'exposition artisanale, etc... Son autorité sera considérablement ébréchée au moment de l'annonce du pacte germano-soviétique, le 23 août 1939, mais jusque là, il règne sans partage sur la gestion interne des îlots.

Toutes les activités intellectuelles et culturelles passent pas lui.

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L'information et la presse

La première des préoccupations politico-intellectuelles est l'information.

Il existe, pendant tout l'été 1939, un véritable journal du camp, appelé L'Information du camp, qui centralise et diffuse toutes les nouvelles parvenues dans les îlots. Il est sous le contrôle du Comité général du parti communiste. Il ne se présente pas sous la forme d'un journal de papier, puisque le matériel de reproduction manque, mais sous celle d'un tableau d'affichage mural ou itinérant. Il se compose de coupures de presse extraites de quotidiens arrivés par le courrier ou par des réseaux souterrains mal connus. Les articles proviennent la plupart du temps de L'Humanité , mais aussi de Voz de España, Voz de Madrid, Arbeiter Zeitung, la Pravda, etc...

Les meil­leurs articles sont découpés, recopiés et affichés à la porte de certaines baraques, qui disposent ainsi de véritables journaux muraux, auxquels tous les internés ont accès.

Il a existé également quelques numéros spéciaux d'une feuille polycopiée, intitulée également L'Information du camp, mais aucun exemplaire n'est parvenu jusqu'à nous. On ne sait ni dans quelles conditions techniques elle a pu être réalisée, ni quel était son tirage, ni combien de numéros ont été composés.

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Les baraques de la culture

Elles sont aménagées dans chacun des quatre "camps" (basque, international, espagnol et aviateurs) au cours du mois de juillet 1939, au moment où certains îlots commencent à se vider. Elles deviennent immédiatement les principaux lieux de rencontres, d'échanges et de discussions.

Des soirées littéraires, musicales ou politiques y sont organisées, pratiquement tous les jours. Elles prennent des formes diverses : cours, conférences, débats, voire spec­tacles.

Un coin de la pièce est généralement occupé par un dépôt de livres. Les ouvrages ont été donnés par des associations culturelles, politiques ou syndicales de la région, par exemple le syndicat des instituteurs dont le secrétaire n'est autre qu'Honoré Baradat, futur chef de la Résistance du département. Des sièges, des bancs et une table ont été installés, parfois grâce à l'Organisation Française antifasciste, organisation de la mouvance communiste qui a installé une antenne à Oloron, parfois avec le concours de l'administration française du camp.

Le principe de ces baraques de la culture, inauguré à l'été 1939, demeurera tout au long de l'histoire du camp. Leur fonctionnement sera inégal d'un îlot à l'autre et d'une année à l'autre, la baraque pouvant être parfois complètement vide. Mais l'administration du camp l'encouragera toujours par la suite, car elle y voit un facteur de calme, voire de résignation. Pour les internés, ces baraques constituent un des rares aspects positifs de leur séjour à Gurs.

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L'"université populaire de Gurs"

C'est ainsi qu'est souvent désigné l'ensemble des cours, des conférences et des ateliers organisés au camp pendant tout l'été 1939. Le terme d'"université" est à prendre ici dans son sens originel, c'est-à-dire la mise en commun de groupes sociaux d'origines différentes et de savoirs d'origines différents. Elle disparaîtra complètement après la déclaration de guerre.

Les cours ont lieu, la plupart du temps, entre les baraques, en temps de pluie, dans la baraque de la culture. Les "étudiants" sont souvent assis à même le sol et les "professeurs" disposent rarement d'une craie ou d'un tableau. Des séances de toutes natures sont organisées, généralement le matin, et chacun est instamment invité à profiter de l'occasion pour enrichir son bagage culturel, technique ou idéologique. Les Gursiens en sont fiers, certains atteignent par là un idéal de culture populaire qui, pour ces militants, est un des objectifs fondamentaux de leur engagement républicain. Il est vrai que l'éventail largement ouvert des nationalités et des professions représentées au camp permet d'aborder tous les sujets ou presque.

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Un cours entre les baraques (été 1939)

Les cours portent en priorité sur l'apprentissage des langues vivantes, à commencer par le français, l'espagnol et l'allemand. Mais l'histoire, la géographie, le calcul appliqué, les mathématiques et la mécanique sont aussi enseignés. Les maîtres proviennent de tous les horizons : "des médecins, dont plusieurs spécialistes, des professeurs, des instituteurs, des avocats, des ingénieurs, des techniciens, des peintres, des sculpteurs, des ouvriers spécialisés, des paysans." (Le Patriote des Pyrénées, 18 juillet 1939).

Les cours de formation politique sont fréquents, surtout dans les îlots internationaux où ils sont suivis avec assiduité. Un volontaire allemand les décrit ainsi :

"On discute du fascisme italien, des problèmes géopolitiques en Méditerranée, de la question juive, de la paysannerie allemande, de l'histoire de la Tchécoslovaquie (…), de la conférence de Berne, de la question des syndicats, de la question agraire, des rapports avec les masses catholiques, de la jeunesse."

Sans vouloir tomber dans les commentaires exagérés, voire exaltés, que ces pratiques ont pu susciter par la suite, il est certain que le camp fut, pendant l'été 1939, un des principaux lieux de culture de la région. Tout le mérite en revient aux internés qui ont su trouver dans le malheur les opportunités de la restauration de leur dignité.

 

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