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Les relations avec le monde extérieur (été 1939)

C'est une des questions fondamentales auxquelles les internés se sont heurtés. Comme eux-mêmes ne peuvent pas, ou très rarement, sortir du camp, ils n'ont pas d'autres choix que celui d'attendre que le monde extérieur entre dans le camp…

Camp de Gurs | Les relations avec le monde extérieur (été 1939) | Gurs (64)

Les relations avec les comités et associations d'entraide

Elles sont fréquentes avant la déclaration de guerre, très réduites ensuite.
Nous les connaissons surtout à travers les archives préfectorales qui ne les mentionnent que partiellement mais qui permettent de se faire une idée. Elles sont de deux types :

- soit des aides directes en nature (habits, chaussures, couvertures, matériel de toilette, ustensiles de cuisine, tabac, boîtes de conserves, produits laitiers, fournitures scolaires, livres, etc...) et en espèces, apportées par des associations en relations avec le gouvernement espagnol en exil, avec le gouvernement basque en exil, avec les partis politiques du Front populaire, avec l'Organisation française antifasciste, avec la CGT ou les syndicats enseignants.

- soit des aides indirectes, destinées à préparer les dossiers administratifs de demandes de libération, de placement dans l'agriculture ou l'industrie, de regroupement familial, de permission, etc... Le député communiste de Paris Charles Michels ouvre ainsi, dès le 27 avril, une antenne permanente dont le siège est installé à l'Hôtel du Béarn, à Oloron.

Au cours de l'été, ces comités parviennent à organiser un système de "parrainage" qui permet à certains internés, sous des conditions très strictes, de quitter le camp de passer la journée du dimanche dans certaines familles d'accueil des environs.
Il est certain que ces relations ont eu un effet considérable auprès de tous les internés, en particulier sur le plan moral.

Camp de Gurs | Les relations avec le monde extérieur (été 1939) | Gurs (64)Le parloir

Les convocations au parloir, dont l'accès est réservé aux pro­ches parents des internés, constituent des sortes d'événements. Pendant l'été, on en compte plusieurs dizaines par jour. Au retour, l'heureux Gursien est pressé de questions sur sa famille, sur ses amis, mais surtout, sur les nouvelles en provenance d'Espagne, sur les événements politiques extérieurs. Parfois il ramène un objet pré­cieux, une photo, un couteau ou un outil, passé discrètement pendant la visite, de quoi bricoler, de quoi vaincre la monotonie quotidienne.

Cette "sortie" enviée se passe pourtant dans des conditions péni­bles, que L'Humanité du 23 juin 1939 décrit ainsi :


"Ah ! Ce parloir ! D'un côté les visiteurs, de l'autre Les prisonniers, séparés les uns des autres par une balustrade. (…) Pour parler à leur fils, à leur mari, à leur frère, les visi­teurs doivent souvent hurler par-dessus quatre rangs d'autres visiteurs pour se faire entendre de ceux à qui ils apportent un peu de réconfort. Tout cela parce que les visi­teurs ne sont admis que deux heures par jour."

Camp de Gurs | Les relations avec le monde extérieur (été 1939) | Gurs (64)Le courrier et les colis

L'arrivée du courrier dans les îlots constitue un des événements de la journée. Les lettres sont d'autant plus attendues que la plupart des familles sont éclatées, les femmes et les enfants d'un côté, les hommes de l'autre, certains parents sont restés en Espagne, d'autres ont totalement disparu. Elles arrivent en masse au camp, faisant de Gurs le troisième centre postier du département, après Pau et Bayonne. Les journaux qui parviennent jusque dans les îlots sont l'objet d'exégèses répétées, de lectures attentives. Ils servent de point de référence au cours des discussions, engendrent des débats passionnés et stimulent des controverses.

Quant aux colis, même s'ils sont rares, ils sont espérés comme un véritable don du ciel. Plusieurs dizaines d'années après, les anciens Gursiens en parlent encore comme d'un des rares moments de pur bonheur qu'ils aient connu pendant leur internement.

Camp de Gurs | Les relations avec le monde extérieur (été 1939) | Gurs (64)Le marché noir

Il est alors assez réduit lorsqu'on le compare avec les périodes suivantes, non parce que la moralité est meilleure, mais parce que les dons des comités d'entraide, les colis postaux et les provisions apportées par les familles lors de leurs visites au parloir, subviennent aux besoins essentiels des internés.
Il concerne quelques produits de base : les produits laitiers, les œufs et le tabac. Certaines affaires de marché noir sont parfois jugées par le tribunal correctionnel d'Oloron ; il s'agit toujours de trafic d'objets de valeur (bijoux, appareils photos, montres) échangés au parloir, mais ce commerce reflète mal les réalités gursiennes, beaucoup plus modestes.

Camp de Gurs | Les relations avec le monde extérieur (été 1939) | Gurs (64)Visites particulières

Elles n'ont jamais lieu dans les ilots d'internés, dans le quartier administratif du camp. Il s'agit, par exemple :

- des visites à caractère religieux faites par des prêtres (l'aumônier basque Iñaki de Aspiazu, l'abbé Bordenave, curé du village de Gurs, etc.) ou des pasteurs (le pasteur Cadier, d'Osse-en'Aspe, le pasteur Rennes, de Sauveterre-de-Béarn) qui obtiennent dès le mois de mai l'autorisation de célébrer leur culte au camp.

- des visites à caractère sportif de responsables d'équipes de football de la région qui proposent, vainement d'ailleurs, d'organiser des rencontres avec l'équipe espagnole du camp.

- des visites à caractère artistique de musiciens, peintres ou sculpteurs qui demandent à rencontrer certains artistes internés ou qui souhaiteraient qu'un des chœurs du camp se produise dans un village de la vallée.

- des visites à but économique des petits patrons de la région qui souhaitent recruter un ouvrier ou un exploitant agricole pour leurs travaux professionnels ou familiaux.

Et puis, le dimanche surtout, il y a la foule des "touristes", soit des badauds, soit des sympathisants, soit des membres de la famille, qui arrivent à vélo et stationnent devant le camp, sur la route nationale, à une vingtaine de mètres de la clôture de barbelés. Certains tentent d'engager une discussion, d'autres jettent des paquets de cigarettes, d'autres demandent aux gardes de faire passer un objet, mais la plupart se contentent de regarder.

 

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