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Les autres types de départ (1940-43)

Elles ne concernent qu’une minorité d’internés : 2 443 au total.

Elles concernent les sorties que l’on peut qualifier d’heureuses, bien que les secondes n’aient pas toujours été réussies.

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Les libérations

On compte 1 710 libérations (7,8 % de l'ensemble des sorties) pendant les trois années considérées. Elles se répartissent ainsi :

- 680 en 1941.

- 255 en 1942.

- 695 en 1943 (toutes postérieures aux déportations de mars).

Le terme de libération recouvre trois modalités dif­férentes.

D'abord, les libérations proprement dites, c'est-à-dire les décisions officielles, avec certificat de libération signé du chef de camp et authentifié par le préfet. Elles rassemblent plus de la moi­tié des dossiers. Avant de les obtenir, il a fallu remplir diverses demandes, se soumettre à une enquête dite "de moralité", obtenir un certificat d'hébergement du maire de la commune choisie et faire la preuve que l'on était capable de subvenir à ses propres besoins. Ensuite, les permissions de congé de longue durée. Moins fréquen­tes, elles nécessitent d'entreprendre des démarches assez compa­rables aux précédentes et de connaître une personne susceptible d'assurer chez elle l'hébergement des postulants. Comme, par la suite, elles sont régulièrement renouvelées, il s'agit de libérations de fait.

Enfin, les rapatriements volontaires. Après avoir rempli en six exemplaires une « déclaration formelle faite en présence de deux témoins affirmant leur volonté d'être remis aux autorités allemandes », les candidats sont envoyés sur la ligne de démarcation, à Vierzon ou à Chalon-sur-Saône. 345 internés ont choisi cette forme de sortie du camp, presque tous avant l'été 1941.

Les trois modes de libérations ne coïn­cident pas. Les premières, les véri­tables libérations, se répartissent sur toute la période mais sont moins fréquentes en 1943 qu'en 1941. Les secondes, les permissions de longue durée, ne débutent que dans le courant de l'année 1942 et se multiplient en 1943, après les déportations du mois de mars. Quant aux troisièmes, les moins nombreuses, elles datent surtout du printemps 1941.

Les bénéficiaires des libérations constituent un groupe peu repré­sentatif de l'ensemble des internés. 1 015 d'entre eux (59,2 %) sont d'origine juive, ce qui est peu, comparé à la proportion des juifs enfer­més dans les îlots (95,4 %). Les Gursiens qualifiés d'Aryens, c’est-à-dire les non-juives épouses de juifs et les Espagnols, sont donc largement privilégiés et l'origine des candidats pèse d'un poids déterminant dans l'obtention d'une mesure de libération. En outre, les femmes sont avantagées par rapport aux hommes : 955 d'entre elles (contre 755) sont parvenues à se faire libérer, alors qu'elles sont globalement moins nombreuses dans les baraques. Le lieu de rési­dence dans lequel les Gursiens libérés sont assignés à résidence est limité à la partie non-occupée des Landes, dans des villages tels que Gabarret ou Villeneuve-de-Marsan, et aux communes situées au nord et à l'est des Basses-Pyrénées (Nay, Morlaàs, Maubourguet, Lembeye, etc...). Mais, ni Oloron, ni la vallée du Gave, ni même Pau.

Que sont-ils devenus après leur sortie du camp ? S'il est hasar­deux d'affirmer qu'ils n'ont plus été inquiétés jusqu'à la fin de la guerre, il est clair cependant qu'aucun d'entre eux n'est revenu à Gurs. Comme, en 1944, la police vichyssoise ne se livre plus en Béarn aux grandes rafles d'étrangers dont elle était coutumière en 1942 et 1943, on peut raisonnablement penser que la plupart ont sauvé leur vie.

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Les évasions

433 évasions sont enregistrées par les services du camp, dont les deux-tiers au cours de l’année 1941. Il s’agit la plupart du temps d’hommes jeunes et célibataires.

Les évasions n'ont jamais été fréquentes à Gurs. Non que le camp soit spécialement bien gardé, car, du fait de sa superficie, ce serait plu­tôt le contraire. La véritable raison réside dans le fait que les évasions, pour réussir, supposent la possibilité d'échapper aux recherches entrepri­ses à l’encontre de ceux qui s’y risquent. Comme c'est rarement le cas, les candidats sont peu nombreux. De fait, près de la moitié des évadés sont rattrapés, comme le montrent les rapports de gendarmerie. Une fois arrêté, le Gursien est ramené au camp et immédiatement enfermé aux représailles. S'il récidive une nouvelle fois, il est transféré au camp du Vernet, réservé aux fortes têtes.

La difficulté, en effet, n'est pas de quitter le camp. Il suffit pour cela d'attendre la nuit, de se glisser sous les barbelés et d'éviter les ron­des effectuées par les gardiens. Parfois, d'autres opportunités sont uti­lisées, à l’occasion d’un transfert ou d’une permission temporaire de congé. Mais, dans tous les cas, la question reste la même : où ira-t-on après ? Car il est difficile d'imaginer qu'un interné de Gurs, avec son visage amai­gri et ses habits usés, parlant mal le français, puisse circuler long­temps dans la région sans être arrêté par la gendarmerie.

Les journaux locaux, qui ne mentionnent pratiquement jamais le camp entre 1940 et 1944, lui consacrent de brèves allusions à l'occasion des reprises de Gursiens évadés. Par exemple, L'Indépendant des Basses-Pyrénées consacre plusieurs articles aux évasions de Gurs et aux reprises, les 5 septembre 1941, 31 juillet 1942, 25 septembre 1942 et 21 janvier 1943. Il en ressort que les internés évadés bénéficient presque toujours de complicités extérieures mais que ces aides, accordées la plupart du temps par des gardiens, ne sont ni sûres, ni gratuites. De tels articles sont toujours l’occasion de fus­tiger les internés, tout en glorifiant l'efficacité des servi­ces de police.

La fréquence des évasions varie en fonction de la gravité des situations auxquelles les internés sont confrontés. Habituellement, elle est faible, mais lorsqu’un événement grave comme les déportations, par exemple, se produit, elle s'accélère. Ces sursauts reflè­tent l'inquiétude croissante des internés aux périodes critiques de l'histoire du camp.

Libérations et évasions constituent une forme de sortie rare sous Vichy parce qu’elles ne coïncident pas avec les critères de la révolution nationale. Les étrangers n’ont pas leur place, dans le nouveau régime, sauf exceptionnellement.

 

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