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2- Leur arrivée à Gurs (24 et 25 octobre 1940)

Au cours de la dernière semaine d'octobre, un véritable flot d’"indésirables" est déversé sur Gurs : 10 945 personnes, presque toutes d'origine allemande.

Parmi elles, 6 538 hommes, femmes et enfants, proviennent directement du pays de Bade, de Sarre et du Palatinat.

Ces arrivées, dont l'ampleur prend au dépourvu les services français, ouvrent la page la plus sombre de l'histoire de Gurs.

Camp de Gurs | 2- Leur arrivée à Gurs (24 et 25 octobre 1940) | Gurs (64)

Les 6 538 expulsés du Pays de Bade, de Sarre et du Palatinat

Ils entrent au camp les 24 et 25 octobre. Les premiers descendent des camions le 24, en fin d'après-midi. D'autres suivent, pendant la soirée, puis pendant tout au long de la nuit. Les derniers arrivent le lendemain, au petit matin. Tous sont immédiatement conduits dans les baraques.

Ce spectacle interminable a quelque chose de surréaliste. Pendant des heures et des heures, sous la pluie qui tombe à verse, l'interminable cortège s'égrène sur la route centrale, avant d’être conduit dans les différents îlots. Les nouveaux venus sont souvent âgés, parfois très âgés. Ils portent lourdement leurs sacs ou leurs baluchons (les valises arriveront plus tard). Ils marchent hagards sous les rafales de pluie, le dos courbé, les uns en gémissant, les autres muets d’épouvante. Ils sont épuisés et abasourdis par les trois jours de voyage qu’ils viennent de subir, écrasés par la fatigue. Ils ont soif et ne comprennent pas le malheur qui vient de s’abattre sur eux.

Tous ceux qui, par la suite, écriront à leurs proches ou rédigeront leurs souvenirs, souligneront leur effarement, lors des premières heures passées au camp. L’entrée au camp, au milieu des intempéries; la marche le long de la route centrale, mal éclairée et parsemée d’ornières; la traversée des îlots, sous la conduite impatiente des gardes mobiles; la silhouette immense des centaines et des centaines de baraques, de part et d’autre du chemin; les clôtures de barbelés, dressées de tous côtés; la porte d’entrée des baraques, qui s’ouvre enfin sur l’inconnu; le spectacle pitoyable des immenses chambrées, vides, sans table, ni chaises, ni lits; les flaques d’eau au milieu de la pièce, le froid humide et, déjà, la boue qui pénètre partout; cette avalanche de sensations terribles et d’images sinistres laisseront un souvenir ineffaçable dans les mémoires.

Tous ces hommes, ou presque, affirmeront avoir revécu, en entrant à Gurs, les souffrances du Livre de l’Exode.

Camp de Gurs | 2- Leur arrivée à Gurs (24 et 25 octobre 1940) | Gurs (64)

Premières réactions des nouveaux venus, à leur arrivée au camp

(en construction)

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Leur nombre précis continue à poser problème

Curieusement, il est très difficile de connaître exactement le nombre des victimes précises de l’Opération Bürckel. Les documents d'archives sont, dans ce domaine, soit incomplets, soit contradictoires. Les statistiques varient de plusieurs dizaines, d’une étude à l’autre et il n’est pas toujours facile de s’y retrouver¹. En outre, il est acquis que le nombre des personnes qui ont quitté l’Allemagne, le 22 octobre, ne correspond pas au nombre des personnes qui ont été internés à Gurs, les 24 et 25 octobre.

Les archives de l’opération Bürckel mentionnent le chiffre de 6 504, qui se décompose ainsi : 5 617 Badois, 827 Palatins et 134 Sarrois. Mais curieusement, la somme de ces trois chiffres ne correspond pas au total général.

Pour tenter de résoudre cette question, il nous a semblé que le plus simple était de s’appuyer sur le plus incontestable des documents d’archives, le fichier du camp, conservé aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, à Pau. Lorsqu’on compte méthodiquement toutes les fiches des réfugiés badois, sarrois et palatins internés les 24 et 25 octobre 1940, on aboutit au chiffre de 6 538. Sous réserve d'un oubli de l'administration du camp, ce qui est peu probable, 6 538 fiches ont été remplies, toutes d’ailleurs avec soin et précision.

C’est pourquoi, quels que soient les nombres cités auparavant et les justifications produites, nous nous en tiendrons au chiffre de 6 538.

Le 26 au matin, la population du camp a triplé : en une nuit, elle est passée de 3 309 à 9 847 internés, alors que rien, dans les jours précédents, ne laissait présager des arrivées aussi massives.

 


¹ Peter Sauer cite le chiffre de 6 517 Badois, en s'appuyant sur un compte rendu de police très postérieur à l'opération (op. cit. p. 234), Auparavant (p. 233), il évoque les 6 500 Juifs internés à Gurs les 24 et 25 octobre, ce qui correspond à peu prés au chiffre que nous avons retenu. Barbara Vormeier publie dans Vivre à Gurs, op. cit. p. 360, un rapport de police conservé aux Archives de Bonn portant sur 6 504 Juifs badois, palatins et sarrois, mais ce rapport, rédigé à Berlin par le chef de la police de sûreté ne saurait en aucun cas être considéré comme une source primaire. Léon Poliakov, utilisant les archives du tribunal de Nuremberg (document NG. 4933) mentionne la présence de 6 300 Juifs badois et 1 125 Palatins et Sarrois (Bréviaire de la haine, op. cit. p. 82).

L’étude la plus précise sur le sujet est celle de Gerhard Techner dans Die Deportation des badischen und saarpfälzischen Juden am 22 Oktober 1940, op. cit, p.78 et suivantes. L’auteur travaille à partir des archives des Bundesarchiv de Berlin, des Politisches Archiv de Bonn et des archives des Länder de Bade, Palatinat et Sarre. Après une longe analyse, il retient le chiffre de 6 540 personnes environ.

Le chiffre proprement gursien de 6 538 Badois, Sarrois et Palatins, le seul que nous prenions en considération, est sensiblement comparable à ceux de Techner.

 

 

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