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L’internement des 3 870 Cypriennais les 29/30/31 oct. 40

Au cours de la dernière semaine d'octobre, un véritable flot d’"indésirables" est déversé sur Gurs : 10 945 personnes au total, presque toutes d'origine allemande. Nous avons déjà présenté le premier groupe, les 6 538 hommes, femmes et enfants, victimes de l’Opération Bürckel.

A côté d’eux, on trouve le deuxième groupe, composé de 3 870 personnes, internés au camp quelques jours après les premiers, les 29, 30 et 31 octobre 1940. Il s’agit de ceux qu’on désigne habituellement, dans le langage du camp, sous le terme de Cypriennais.

Camp de Gurs | L’internement des 3 870 Cypriennais les 29/30/31 oct. 40 | Gurs (64)

Le tranfert d’urgence, les 29, 30 et 31 octobre 1940, des 3 870 hommes internés au camp de Saint-Cyprien

Ces 3870 hommes sont désignés habituellement sous l’expression des « Cypriennais de Gurs ».

Pendant la troisième semaine d’octobre 1940, entre le 16 et le 24, un dramatique événement se produit dans le département des Pyrénées-Orientales : un aïguat. Ce terme catalan désigne un déluge de pluies d’automne et la brutale crue qui l’accompagne. La crue d’octobre 1940 est la plus importante de tout le XXème siècle et il faut remonter à 1763 pour trouver trace d’un aïguat comparable. 48 victimes sont à déplorer, toutes victimes de glissements de terrain dans la vallée du Tech.

La première conséquence de ces intempéries est la destruction des constructions les plus fragiles. Hangars, abris, cabanes et autres baraques de jardin sont presque tous submergés et emportés par les eaux. Parmi eux, toutes les baraques d’internement du camp de Saint-Cyprien.

C’est pourquoi, le préfet du département des Pyrénées-Orientales décide, le 24 octobre, de transférer tous les internés de Saint-Cyprien, vers d’autres camps, à commencer par celui de Gurs. L’opération commence le jour même, les premiers convois étant envoyés provisoirement vers le camp voisin d’Argelès, à peine mieux loti. Les deux principales destinations sont les camps de Rivesaltes, pour les "indésirables" espagnols, et de Gurs pour les juifs allemands.

C’est ainsi qu’arrivent à Gurs, au cours des trois derniers jours du mois, un convoi de 3 870 hommes, transis de froid et de fatigue.

Rappelons que, fin mai 1940, au moment de l’internement des "indésirables" allemands venus de la région parisienne, le camp de Saint-Cyprien avait été spécialisé dans l’enfermement des hommes, et le camp de Gurs dans celui des femmes. Ces deux camps avaient donc été, tout au long de l’été, en quelque sorte, des camps jumeaux, à l’intérieur desquels était consigné le même type d’internés administratifs¹.

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Quelques internés venus de Saint-Cyprien

- Ansbacher Leo. Rabbin

- Ansbacher Max. Frère du précédent. L’un des principaux organisateurs du Comité central d'assistance (C.C.A.)

- Brunner Fritz. Violoniste virtuose. Concerts de musique au camp.

- Nathan Alfred. Ses « représentations théâtrales » et ses « revues » furent déterminantes dans le soutien moral des internés.

- Plastereck Siegbert. Correspon­dant de la HICEM

- Langbein Otto. Professeur de géographie, organisateur de la vie intellectuelle de son îlot.

- Lychtenber. Médecin

- Pollak Heinz. Médecin

Camp de Gurs | L’internement des 3 870 Cypriennais les 29/30/31 oct. 40 | Gurs (64)Principales caractéristiques du « groupe cypriennais » de Gurs

A côté des Badois, les 3 870 hommes transférés les 30 et 31 octo­bres 1940 du camp de Saint-Cyprien forment un deuxième groupe original.

Il s’agit exclusivement d’hommes, à une exception près, la petite Laure Schindler-Lévine, internée avec son père après la mort de sa mère².

Ils sont plus jeunes : l'énorme majorité (90,4 %) a entre 20 et 59 ans et les seules classes d'âges comprises entre 30 et 49 ans réunissent 51,4 % de l'effectif. Ils proviennent d'horizons plus divers, d'Allemagne, bien sûr, (54,4 %) et plus particulièrement des provinces occidentales du Reich telles que le Palatinat, la Westphalie, la Sarre, le pays de Bade ; mais aussi l'Autriche (30,2 %), la Pologne (12,1 %), les Sudètes, les pays baltes, etc. Arrivés la plupart du temps isolé­ment, rarement accompagnés d'un membre de leur famille, ils se déclarent célibataires ou divorcés dans près de deux cas sur trois (65,7 %). Leur répartition professionnelle est moins typée que celle des Badois, bien que les métiers du commerce et de l'artisanat soient les plus fréquemment cités (44,2 %).

Il s'agit exclusivement de Juifs "en surnombre dans l'économie française".

Avant d'arriver à Gurs, ils avaient délibérément choisi l'exil, préférant s'installer en Belgique, aux Pays-Bas ou en France plutôt que d'endurer dans leur pays d'incessantes humiliations. La guerre déclarée, ils sont internés dans des "centres d'hébergement" en France comme en Belgique (Merksplas, Château-Marreffe,…) et y demeurent jusqu'à la fin de la "drôle de guerre". L'invasion de la Belgique et du nord-est de la France, en mai 1940, les repousse vers le sud. Ils sont alors rassemblés dans divers camps, avant d'échouer, dans le courant du mois de juin, à Saint-Cyprien.

A Gurs, où ils arrivent quelques heures après les Badois, ils sup­portent mieux les conditions d'internement. Ils semblent mieux armés d'ailleurs, à cause de leur âge, de leur expérience d'"indésirables" et de l'isolement dans lequel ils se tiennent vis-à-vis de leur famille ou de leur passé, pour surmonter l'épreuve de l'hiver 1940-1941. De fait, ils sont presque toujours à l'origine des tentatives faites pour animer la vie des îlots, pour secouer les énergies abattues par le cha­grin, pour combattre la misère née de la faim, de l'absence d'hygiène ou de l'oisiveté.

Quatre-vingt-seize "Cypriennais" reposent au cimetière du camp. Un tel chiffre est sans commune mesure avec celui des Badois.

Ainsi un événement accidentel vient s’ajouter à un événement exceptionnel pour conduire à Gurs le second groupe le plus nombreux du camp, à l’époque de Vichy. Comme les Badois, la plupart d’entre eux connaissent à Gurs l’une des dernières étapes de leur vie. Comme les Badois, la plupart d’entre eux seront exterminés, deux ans plus tard, dans les camps d’Auschwitz et de Maidanek.

 


¹ Marcel Bervoets, La Liste de Saint-Cyprien. Alice, ed. histoire(s), Bruxelles, 2006, 480 p. L’auteur dresse la liste (exhaustive ?) de 4 419 personnes internées au camp en mai 1940.

Les 3 870 hommes transférés de Saint-Cyprien sont les dernières victimes encore présentes dans le camp roussillonnais, parmi les quelques 5 000 hommes internés en mai 1940¹. Ils sont en tous points comparables avec les 980 "gursiennes", encore présentes à Gurs à la fin du mois d’octobre 1940, parmi les 9 771 femmes internées à la fin du mois de mai précédent.

² Laure Schindler-Lévine. L’impossible au revoir. L’enfance de l’un des derniers « maillons de la chaïne ». 1933-1945. Préface de Claude Laharie. L’Harmattan. Mémoires du XXème siècle. Paris, 2001, 187 pages.

 

 

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