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Administration : Les chefs de camp

Le chef de camp joue un rôle considérable dans la vie quotidienne des internés. C'est lui qui, en dernier ressort, décide des modalités de l'administration et de la garde ; de ce point de vue, il n'a de compte à rendre qu'à son supérieur hiérarchique direct, le préfet des Basses-Pyrénées ; lui-même, d'ailleurs, a rang de sous-préfet. C'est lui qui signe les actes d'internement ou de libération et qui, pour certains cas litigieux, décide du sort des internés. C'est lui qui insuffle à ses services un type de comportement, plus ou moins rigide ou plus ou moins tolérant, dont les effets peuvent se révéler décisifs sur l'internement lui-même. C'est lui qui, en 1942 et 1943, fait établir les listes de déportés. C'est le personnage clé, à quelque niveau que l'on se place.

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Les deux commandants du camp, à l'époque de la gestion militaire (du 2 avril 1939 au 23 juin 1940)

Il s'agit du commandant Terneau, du 31 mars au 31 mai 1939, et du commandant Davergne, du 1er juin 1939 au 26 novembre 1940. Tous deux sont officiers supé­rieurs, et tous deux sont, au moment de leur nomination, chefs d'esca­dron de la Garde mobile.

Le premier, le commandant Terneau, avant d'être nommé à Gurs, dirigeait le camp de Cerbère (Pyrénées-Orientales). Ses services durent être appréciés de l'administration puisqu'il fut promu lieutenant-colonel immédiatement après son passage à la tête du camp béarnais.

Le second, le commandant Davergne, demeura en fonction près d'un an et demi. Il avait la réputation de droiture et d'intégrité, auprès des services français.. Au près des internés, il fait l'objet de jugements différents, sinon opposés. La plupart des anciens Gursiens d'origine espagnole le taxent d'étroitesse d'esprit et de manque d'initiative ; d'autres, comme Louis Lecoin [De prison en prison, p. 197-198] et les "poli­tiques français", affirment qu'il abusait de son autorité au point de maintenir arbitrairement à Gurs des personnes qui auraient dû être libérées. Hanna Schramm le présente au contraire comme un homme poli, patient et ferme dans ses convic­tions, y compris face à l'occupant [Vivre à Gurs, p. 39]. Une chose est certaine à son sujet : à l'époque de Vichy, il entrera dans la Résistance au sein de l'ORA.

Camp de Gurs | Administration : Les chefs de camp | Gurs (64)Les sept chefs de camp civils (époque de Vichy et Libération)

Bien que l'armistice ait été signé au début de l'été 1940, il faut attendre presque six mois pour que le commandant Terneau soit remplacé par un civil, ce qui en dit long sur le désordre administratif marquant les débuts du régime de Vichy.
Les sept chefs de camp porteront tous le titre civil de "directeur du camp" mais, à l'époque de Vichy, chacun les désigne sous le nom de "chef de camp".

Maurice Eisering prend ses fonctions le 26 novembre 1940. Il est commissaire divisionnaire de police, arrive d'Alsace, désormais annexée au Reich, et reçoit sa nouvelle affectation sans avoir reçu la moindre formation préalable. Le poste de chef de camp ne lui plait pas et son unique souci est de le quitter. Il est vrai qu'il arrive au pire moment de l'histoire du camp, celui où tous les services sont débordés et où on enregistre chaque jour entre cinq et dix décès. Il ne demeure que quelques semaines en fonction et obtient sa mutation dès le 1er janvier 1941.

Georges Kaiser, jusque là commissaire principal, dirige le camp pendant plus d'un an et demi, du 1er janvier 1941 au 1er septembre 1942. Sa nomination correspond à la prise de fonctions d'une nouvelle équipe, au sein de laquelle le personnage clé est René Gruel. Celui-ci occupe le poste de gestionnaire intendant du camp. Sa forte personnalité va peu à peu éclipser celle du directeur lui-même. Dès la fin de l'année 1941, René Gruel est le véritable chef de camp. Les rapports d'inspection, en particulier celui de l'intendant régional de Toulouse, le 30 mars 1942, sont très critiques vis-à-vis de Kaiser "surtout préoccupé de son bien-être personnel" et qui "laisse aller les choses au fil des jours" et très élogieuses à l'égard de Gruel, homme "énergique et propre".

C'est, à n'en pas douter, la raison pour laquelle René Gruel est nommé chef de camp le 1er septembre 1942. Il a laissé le souvenir d'un fonctionnaire modèle du régime de Vichy. Tous les rapports le présentent comme volontaire, énergique et compétent. Son pouvoir est étendu, à la fois administratif et policier, comme chef de camp, et économique, comme régisseur d'avances. Il est en excellents termes avec le préfet et personne, au camp, ne discute son autorité. Il est redouté du personnel français et détesté par les internés. Il montre ses qualités d'organisateur à l'occasion des déportations de l'été 1942 et, six mois plus tard, de celles de février-mars 1943. Pour tous ceux qui l'ont connu, il incarne le modèle même des chefs de camp vichystes : intelligent et compétent, mais brutal, inflexible, infatué et inaccessible à toute compassion. C'est la raison pour laquelle les internés l'appelaient non pas Gruel, mais Cruel.

Le coup de main le Résistance, le 25 septembre 1943, au cours duquel les maquis de Mauléon et Tardets s'emparent de presque toutes les armes entreposées dans l'armure­rie du camp, provoque sa chute et son remplacement par une nou­velle équipe. Ce sera sa chance aussi puisque, brièvement emprisonné par Vichy pour incompétence, il en tirera argument à la Libération et ne sera pas inquiété.

D'autres chefs de camp lui succèdent, cantonnés dans des tâches essentiellement administratives. Ils ont pour nom Antz, pendant les derniers mois de Vichy, puis Selvez, Despax et Urruty, à l'époque de le Libération. Leur pouvoir est réduit, à la mesure du "centre de séjour surveillé", qui ne peut accueillir que des effectifs limités, leur action désormais étroitement suveillée par les services préfectoraux et leur rôle restreint à celui d'un simple exécutant.

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Les pouvoirs du chef de camp

Ils varient avec l'époque pendant laquelle cette charge est exercée. Ainsi, à l'époque de Vichy, ils sont beaucoup plus importants qu'avant 1940 et après 1944. Les régimes républicains, la IIIème République ou le gouvernement provisoire, ont en effet exercé une tutelle plus marquée sur ces fonctionnaires et une surveillance plus étroite.

D'un côté, le chef de camp est le relais du préfet à l'intérieur du camp. À ce titre, il n'est qu'un simple agent de transmission, répercutant à Gurs les directives de la préfecture, et adressant à Pau les demandes de visas, de congés, de transferts, d'affectations ou de libérations, faites par les internés. Il est tenu de rendre des comptes et subit des inspections biannuelles.

D'un autre côté, il dispose d'un pouvoir réel sur l'administration et la garde du camp. Il centralise et coordonne les services, à commencer par le service de surveillance, a la haute main sur l'ensemble des secrétariats, l'intendance et la censure, donne son avis dans toutes les demandes transmises à la préfecture, décide de l'emploi du temps et des occu­pations des internés, peut interdire l'accès aux îlots à toute personne ou tout organisme non mandaté, prononce certaines peines discipli­naires mineures (suppressions de visites, de correspondance, de jour­naux et brochures, de petit déjeuner ; incarcération "aux représail­les"), attribue les permissions de courte durée, et fixe les correc­tions qui lui semblent indispensables à la bonne marche du camp. En 1942 et 1943, il fait dresser les listes d'internés à déporter "pour une destination inconnue". Seul habilité à interpréter le règlement, il jouit, dans la pratique quotidienne, d'un pouvoir d'autant plus important que les Gursiens savent rarement quelles en sont les limites précises.

Fin 1944, les chefs de camp en service à l'époque de Vichy ont été recherchés et, pour certains, traduits devant les tribunaux. Jouant sur l'ambiguïté de leurs fonctions, ils expliquèrent qu'ils étaient davantage des fonctionnaires aux ordres du préfet que des cadres administratifs disposant d'une réelle autorité. Ils furent, à ce titre, soit acquittés, soit condamnés à une simple assignation à résidence hors du département.

 

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